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Troisième jalon d'un long combat mémoirel, 'Valdiodio, d'Amina N'Diaye Leclerc' quitte le terrain du pur documentaire pour embrasser le biopic filial, racontant la fille en paroles libres pour un père sacrifié au champ de la politique. Un film où le regard de la jeune fille nous invite à revisiter l'histoire officielle de l'indépendance sénégalaise par le prisme de la souffrance familiale. Ce choix de raconter à hauteur de fille n'est pas anodin.
Amina N'Diaye Leclerc n'a pas simplement repris les traces de son père, elle a pris la parole pour lui. Elle a fait le choix de mettre face à face la mémoire familiale et la grand-mémoire nationale de l'indépendance. En dépassant la version senghorienne, elle nous donne une histoire plus vraie, une version plus précieuse de l'indépendance que nous pensions vivre. Ce film ose contester les versions officielles, remettre Mamadou Dia, Valdiodio N'Diaye et leurs complices au centre du tableau.
C'est un film d'histoire, mais pas seulement. C'est une plaidoirie pour un homme injustement condamné, pour une famille maltraitée par l'État, pour une autre version de l'indépendance. Ce geste frontal, parfois didactique, porte le film et lui donne son urgence. La tension entre mémoire et Histoire est bien ressentie. Mais l'on ressent moins la rage contenue du récit, car la forme n'est pas tranchée, n'est pas inventive. On aurait aimé que la ligne droite du scénario soit moins sage et plus osée.
Amina N'Diaye Leclerc n'a pas fait un biopic comme les autres. Elle a repris les archives des événements de la lutte, les témoignages, les débats internes sur la question de l'indépendance. Le film montre le choc de l'opposition du père au rôle de Senghor dans l'état d'urgence de 1963. Elle montre la justice d'appareil, la prison d'un homme qui n'a fait que son devoir. Elle a filmé la peine de prison au-delà de la peine du crime. Cette injustice est bien rendue par l'auteur, qui prend parti comme si le silence était injustifiable.
'Valdiodio' est un récit de filiation blessée autant qu'un portrait d'homme d'État. La prison n'est pas seulement un dispositif de neutralisation politique, elle est un trou dans l'enfance, une absence qui modèle durablement la manière dont on voit le monde. En choisissant cette focale, Amina N'Diaye Leclerc fait entrer le spectateur dans la cellule affective autant que dans la cellule pénitentiaire.
Le film s'accroche à une métaphore. Une jeune fille lit Le lion et le chasseur : l'histoire dessine le champ de bataille symbolique, avec d'un côté le lion, figure de courage, de dignité, de parole trop longtemps baillonnée, et de l'autre le chasseur, qui raconte l'histoire à sa manière, transformant la proie en coupable et l'homme debout en traître à abattre. Le film s'accroche à cette métaphore et ne la laisse plus. Le regard de la jeune fille revient comme un motif : c'est lui qui relie les scènes, du pays natal à l'exil, des visites impossibles aux silences lourds à table.
Amina N'Diaye Leclerc est la fille de Valdiodio N'Diaye, avocat, ancien ministre de l'Intérieur, compagnon de Mamadou Dia dans la lutte pour l'indépendance du Sénegal. Elle avait déjà creusé le sillon : Valdiodio et l'indépendance du Sénégal (2000) et Valdiodio, un procès pour l'histoire (2021) posaient les bases d'un contre-récit. Ici, elle franchit un cap. La distance documentaire se réduit, la subjectivité se met en scène. C'est la fille qui règle ses comptes avec l'histoire officielle.
Le Valdiodio de cinéma, interprété par Souleymane Sye Ndiaye, est solide, humain, loin du héros figé. Il porte la colère, la dignité, le doute, le courage. Autour de lui, famille, compagnons de lutte, adversaires politiques sont bien campés. On sent une direction d'acteurs attentive, soucieuse de ne pas transformer la galerie en musée de cire. La mise en scène reste plus prudente. Le découpage est classique, les cadrages souvent sages, les transitions fonctionnelles. Là où le matériau historique et intime appellerait une écriture plus tranchante, plus inventive, plus fragmentée, le film choisit la ligne droite.
Valdiodio est un film émouvant et stimulant, porté par un geste clair : reprendre la parole là où le chasseur avait monopolisé le récit du lion. Il ne révolutionne pas la grammaire du biopic, mais il ouvre un espace indispensable. Celui d'un cinéma qui ose contester les versions officielles, remettre Mamadou Dia, Valdiodio N'Diaye et leurs complices au centre du tableau, et rappeler que l'indépendance ne se joue pas seulement sur une date, mais sur la manière dont on raconte ceux qui ont payé au prix fort.
Qui sommes-nous ? : Africultures documente et critique les expressions artistiques contemporaines de l'Afrique et de sa diaspora, ainsi que les initiatives culturelles et citoyennes ayant un rapport avec l'Afrique et sa diaspora.
Africultures delves into the cinematic masterpiece 'Valdiodio, d'Amina Ndiaye Leclerc' that redefines Senegal's journey to independence, highlighting the untold story of Valdiodio N'Diaye's fight for a united Africa.